Luc Richer et les "richesses" de l'ortografe

Publié le par alter-ortograf

Luc Richer, un des plus vaillants défenseurs de l’ortografe actuelle, voudrait que personne ne touche à la couche épaisse de poussière ortografique  pour perpétuer ce musée ratatiné où on raffole de la folie d’écrire une langue moderne d’une façon anachronique et totalement en décalage avec l’oral, une langue qui s’est éloignée et émancipée, depuis des siècles déjà, du latin ou du grec et de leurs grammaires.
 
Comment est-ce qu’il s’y prend ?
 
D’abord, il se sent bien obligé d’admettre que la prétendue « richesse du français» n’est autre chose qu’une complexité qu’on peut, « parfois à juste titre », nommer INCOHERENCE. Et pour comprendre, c’est-à-dire maitriser cette complexité incohérente, il faut étudier « l’évolution orthographique ». Autrement dit, il donne l’explication du fénomène incroyable que pratiquement personne ne maitrise l’écrit de sa langue maternelle française.
 
Ainsi, il donne aussi la meilleure raison pour une réforme profonde de l’ortografe, car il est normal que seulement une partie infinitésimale des Francofones peut étudier l’évolution ortografique de leur langue et la partie de ceux qui apprennent le latin, voire le grec, n’est pas beaucoup plus grande. Ce sont des matières de spécialistes. En revanche, l’ortografe est un outil indispensable dans la vie d’aujourd’hui pour tout le monde ! C’est pour cela qu’elle doit etre simple, claire et facile à comprendre et à utiliser par tous, meme les moins doués.
 
Mais, et cela est tipique pour des savants trop souvent ignorants et aveuglés, le sort des hommes ne les intéresse pas. Tout ce qui compte c’est leur petit domaine de savoir et le pouvoir qu’il leur procure, en l’occurrence celui de forcer tout le monde d’écrire comme ces aveuglés croient bon et de sanctionner tout écart, toute divergence.
 
Pour intimider ses lecteurs il donne un « aperçu historique » sur la difficulté d’écrire les sonorités nouvelles d’une autre langue, du français naissant et celui des époques suivantes, avec les vingt-trois lettres de l’alfabet latin. Il nous parle de « digrammes » que le scribes ont inventés, de « certains graphèmes » comme le « u » et le « v » qui se confondent encore au XIIe siècle, par exemple « ville » s’écrivait « vile », mais « huile » aussi. Donc, on lui a mis un « h » à la tete et cela a donné « hvile ». Ce qu’il ne dit pas, c’est qu’après la différentiation claire entre « u » et « v » pour les deux sons respectifs on n’avait plus besoin du « h » initial de « huile » ou du double « ll » de « ville ». Mais aujourd’hui, quatre siècles plus tard, on nous force toujours de les écrire sous peine de sanctions ou d’humiliations, et Richer défend toujours ces écritures qui, comme c’est facile à démontrer, n’étaient meme pas nécessaire dès le début.
 
Il donne l’exemple de « pie » (« pied ») et « pie » (l’oiseau). Il fallait mettre le « d » de « pied » pour faire la différence entre les deux. Vraiment ?
D’abord « pie » (« pied ») a toujours été masculin et «la pie » féminin : différentiation suffisante. Vous avez déjà vu « des pieds » qui volent ? Ou « des pies » qui font mal, sentent ou sont mal lavées ?
Est-ce que vous avez déjà utilisé en cuisine une  « vile» de 15 000 habitants? Toutes ces complications ortografiques ont été créées par des gens qui ne connaissaient pas un des résultats de la linguistique moderne : c’est le contexte qui définit le sens des mots.  
 
Donc, on ne  peut pas faire de reproches aux scribes d’antan. Mais Luc Richer vit aujourd’hui, il a des connaissances en linguistique. Lui, il n’a pas d’excuses. Le fait historique qu’au Moyen age les gens brulaient des sorciers et des sorcières et vivaient sans électricité ou eau courante ne convaincra personne aujourd’hui de vivre de la meme manière.
 
Mais voilà, Luc Richer et ses compagnons ont le toupet de nous forcer tous à renoncer à une réforme ortografique parce qu’eux, ils considèrent que les résultats incohérents d’un tatonnement ortografique pendant des siècles, représentent « une richesse ».  
 
Il faut dire haut et fort à tout le monde que c’est un mensonge énorme et dangereux :
 
Par son aperçu historique Richer explique la complexité de l’ortografe, mais pas pour l’adapter à son oral actuel. Tout au contraire, au nom de la défense d’une « dimension étymologique porteuse de sens », il dit :  
« Aux partisans d’une orthographe phonétique ou même trop simplifiée s’opposeront toujours ceux d’un courant plus historique… »  
 
Voilà sa seule ‘justification’, voilà ce qui l’intéresse, un mode d’écrire à l’historique, avec un sistème d’écriture sur-compliqué, contradictoire, incohérent, absurde, impénétrable  à cause des exceptions aux exceptions aux exceptions.  Et cela face à 5 millions d’illettrés et à un nombre grandissant chaque année d’élèves et de Francofones qui subissent de plus en plus de difficultés parce qu’ils maitrisent l’écrit de leur langue maternelle de moins en moins.
 
Une catastrofe humaine et sociale qui laisse froids «ceux d’un courant plus historique », ceux qui sont des adeptes d’une ortografe de musée, anachronique et poussiéreuse.
 
Qu’est-ce qu’ils peuvent etre fiers ces Luc Richers parmi nous ! Fiers et surtout impitoyables; donc, méprisables.
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Eric 10/08/2011 22:42


Bonjour,
Pour ma part je continuerai à utiliser l'orthographe classique. Je suis parfaitement capable de lire et comprendre la norme "Ortograf" mais j'estime qu'il y a des points essentiels que vous oubliés
et qui rendent votre argumentation moins crédible.

1°) la grande majorité des textes que l'on écrit aujourd'hui le sont sur un ordinateur, et les correcteurs orthographiques aident énormément à écrire convenablement. Dire que l'orthographe actuelle
empêche 5 à 6 millions de personnes d'écrire convenablement est donc faux.

2°) Ce qui pose problème aux élèves est à mon sens plus la grammaire que l'orthographe (ie savoir que l'on a affaire à un verbe, à un nom, à un adjectif ou si un nom est employé comme complément
d'objet direct, sujet, et j'en passe). Simplifier l'orthographe n'aidera pas à mieux comprendre la grammaire, au contraire si les mots s'écrivent pareil les gens risquent de perdre la connaissance
de ses notions ("et" et "est" n'ont pas la même nature bien que certains les prononcent pareil). Quel est le problème me direz-vous? Lorsque l'on apprend une langue étrangère, ces notions peuvent
être très utiles (on ne peut pas espérer apprendre l'allemand si on ne comprend pas ce qu'est un complément d'objet direct ou indirect par exemple). De plus la langue internationale est aujourd'hui
l'anglais et il n'est pas exagéré de dire que c'est une langue à l'orthographe encore plus illogique que le français. Simplifier l'écrit du français ne risque-t-il pas de nuire à l'apprentissage
des langues étrangères? C'est une question à laquelle je n'ai pas de réponse mais elle mérite à mon avis d'être posée. Il y a en effet des incohérences dans toutes les langues, même celles qui ont
l'air "faciles" (je pense en particulier à l'italien).

Je précise que je n'ai pas fait d'études littéraires et que je considère que l'essentiel c'est que chacun utilise la même orthographe. Je reste tout de même attaché à celle que j'ai apprise à
l'école (mais en moins de 10 ans tout de même, l'école primaire m'a suffi).