Pour préparer une réforme de l'orthographe il faut d'abord des mesures pour combattre l'ignorance générale en linguistique.
La langue n'est pas l'orthographe, l'orthographe n'est pas la langue.
Il y a même des professeurs des écoles, de collèges, de lycées ou d'universités qui ne savent pas que l'orthographe et la langue ne sont pas la même chose. Pourtant, il s'agit bien de deux systèmes différents et presque indépendants.
Par exemple, quand un mot comme "défendeur" devient au cours de l'histoire de la langue "défenseur", il y a un changement au niveau de la langue. Le système de l'orthographe reste inchangé. En revanche, quand au cours de l'histoire de l'orthographe un mot comme "défense" connait des écritures "defanse", "defence" ou "deffence", ses modifications orthographique n'ont aucune conséquence au niveau de la langue puisque le sens du mot ne change pas.
Si un code orthographique réformé profondément comme l'OrAl (Ortograf Altèrnativ) écrit "défans" on ne peut donc pas lui reprocher de faire atteinte à la langue française. Celle-ci n'est absolument pas affectée par une modification de l'orthographe.
La vraie langue, c'est celle que nous pensons, prononçons, parlons.
L'orthographe n'est que le système de sa transcription à l'aide de signes visuels. La langue écrite est toujours la vraie langue, car elle a été pensée avant d'avoir été écrite. Son sens ne change pas par le fait de la conserver par des signes visuels comme l'orthographe orthodoxe, le Braille, la sténo ou un code réformé comme l'OrAl.
Comprendre cette différence entre "la langue" et "l'orthographe" est donc extrêmement important pour surmonter certaines réticences par rapport à une réforme en profondeur de l'orthographe.
La "belle langue française" n'est pas mise en danger par une modification de la manière de la conserver par écrit.